Octobre 2025, mois national des aidants. Partout en France, des événements se multiplient pour sensibiliser à la cause des aidants. À Boulogne-Billancourt comme ailleurs.
Mais concrètement, après les stands et les plaquettes, que se passe-t-il pour l’aidant épuisé qui rentre chez lui ?
On me demande souvent : « Concrètement, tu fais quoi avec un aidant ? »
Plutôt que de parler en théorie, je vais vous raconter l’histoire de Martine (prénom changé, situation réelle).
C’est un cas qui illustre parfaitement pourquoi ma triple casquette (coach + coordinateur + SAP) change tout.
Et pourquoi ce que je propose est radicalement différent de ce que font les CLIC, CCAS ou Clubs seniors.
JOUR 1 : L’APPEL DE DÉTRESSE
Martine m’appelle, recommandée par son médecin traitant. Elle pleure au téléphone.
Sa situation :
- 62 ans, infirmière à la retraite depuis 2 ans
- Son mari Paul, 68 ans, a fait un AVC il y a 6 mois
- Hémiplégie gauche, troubles cognitifs légers, troubles de l’humeur
- Il est rentré à domicile après 3 mois de rééducation
- Martine s’occupe de tout, 24h/24
- Elle dort 4 heures par nuit
- Elle a arrêté toutes ses activités (chorale, bridge, amis)
- Elle est épuisée, au bord du burn-out
Ce qu’elle me dit : « Je n’en peux plus. Je l’aime, mais je n’en peux plus. J’ai honte de le dire, mais parfois je regrette qu’il soit rentré. Je sais que j’ai besoin d’aide, mais je ne sais pas par où commencer. J’ai entendu parler de l’APA, de la MDPH, mais je n’ai pas la force de remplir ces dossiers. Et puis j’ai peur qu’on me juge, qu’on me dise que je ne fais pas assez… »
Mon premier réflexe : ÉCOUTER (casquette coach)
Je ne propose rien. Je n’explique rien. J’écoute. Pendant 1h30.
Je la laisse pleurer, vider son sac, dire tout ce qu’elle n’a jamais osé dire à personne.
Je légitime ses émotions :
- « Ce que vous vivez est épuisant. C’est normal d’être à bout. »
- « Aimer quelqu’un et avoir besoin de répit, ce n’est pas contradictoire. C’est humain. »
- « Vous n’avez pas à avoir honte. Vous faites un travail colossal. »
Résultat de ce premier appel : Martine se sent entendue. Pour la première fois depuis 6 mois, quelqu’un a mesuré l’ampleur de ce qu’elle porte.
On prend rendez-vous pour un premier entretien à domicile la semaine suivante.
JOUR 8 : PREMIER ENTRETIEN À DOMICILE (3h)
J’arrive chez Martine et Paul. Appartement de 80m², bien tenu mais on sent la fatigue partout.
Phase 1 : Observation et évaluation (casquette coordinateur + background MPR)
Je passe 1h avec eux à observer :
- Comment Paul se déplace (transferts lit-fauteuil, fauteuil-toilettes)
- Quelles sont ses capacités réelles (habillage, toilette, repas, loisirs)
- Quel est l’état du logement (escaliers ? baignoire ? cuisine adaptée ?)
- Quelle est l’organisation actuelle (qui fait quoi ? quand ?)
Mon diagnostic :
- Paul pourrait gagner en autonomie avec du matériel adapté (barre d’appui, siège de douche)
- Paul a besoin de stimulation cognitive et sociale (il s’isole, regarde la TV toute la journée)
- Martine fait TOUT : lever, toilette, habillage, repas, médicaments, sorties, kiné…
- Martine n’a AUCUN moment de répit
- Martine est au stade pré-burn-out (troubles du sommeil, irritabilité, idées noires)
Mon pronostic fonctionnel : Paul peut encore progresser, mais il aura toujours besoin d’aide humaine quotidienne. La situation ne va pas « s’arranger toute seule ». Il faut organiser l’aide maintenant.
Phase 2 : Écoute approfondie avec Martine seule (casquette coach)
J’envoie Paul faire une sieste (il est fatigué de toute façon) et je reste 1h avec Martine.
Je creuse :
- Qu’est-ce qui est le plus dur pour elle ? (La nuit. Paul se lève, elle ne dort plus.)
- Qu’est-ce qu’elle aimerait retrouver ? (Sa chorale le jeudi soir. Voir ses amies.)
- Qu’est-ce qui la bloque pour demander de l’aide ? (La culpabilité. « C’est mon mari, je dois m’en occuper. »)
- Qu’est-ce qu’elle imagine comme aide ? (Elle ne sait pas. Elle a peur de laisser son mari avec une inconnue.)
Je travaille sur :
- La légitimité du répit (« Prendre soin de vous, c’est prendre soin de lui aussi »)
- La différence entre aider et se sacrifier
- Le droit de rester épouse sans devenir infirmière 24h/24
Phase 3 : Plan d’action concret (les 3 casquettes)
On établit ensemble un plan d’action sur 3 mois :
OBJECTIF 1 : Soulager Martine immédiatement ➡️ Recruter une auxiliaire de vie en gré à gré
- 2h chaque matin (lever, toilette, petit-déjeuner de Paul)
- 1 après-midi par semaine (pour que Martine puisse sortir)
- Soit 12h/semaine pour commencer
OBJECTIF 2 : Financer cette aide ➡️ Faire les dossiers APA et MDPH
- APA : pour financer une partie de l’aide à domicile
- MDPH (dossier adulte handicapé, même à 68 ans) : pour la PCH et la carte mobilité inclusion
OBJECTIF 3 : Adapter le logement ➡️ Installer du matériel adapté
- Siège de douche
- Barres d’appui
- Réhausseur de toilettes (À financer via APA aménagement ou PCH)
OBJECTIF 4 : Stimuler Paul ➡️ Proposer des activités extérieures
- Kiné de ville (déjà en place, OK)
- Orthophoniste pour les troubles cognitifs
- Accueil de jour 1 fois par semaine (à anticiper dans 2-3 mois)
OBJECTIF 5 : Accompagner Martine dans la durée ➡️ Coaching mensuel pour prévenir l’épuisement
- Rendez-vous 1h par mois pour faire le point
- Disponibilité téléphonique si besoin
Martine est soulagée. Pour la première fois depuis 6 mois, elle voit un chemin. Elle n’est plus seule.
SEMAINE 2-3 : JE REMPLIS TOUS LES DOSSIERS (casquette SAP)
Je ne donne pas les formulaires à Martine en lui disant « remplissez ça ». Elle n’a ni le temps ni l’énergie.
Je m’en occupe.
Dossier APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) :
- Je remplis le formulaire en ligne sur le site du Conseil départemental
- Je rédige la demande en décrivant précisément les besoins de Paul et l’épuisement de Martine
- Je rassemble tous les justificatifs (pièce d’identité, avis d’imposition, RIB, certificat médical)
- J’envoie le dossier complet
- Je relance le Conseil départemental 2 semaines plus tard pour accélérer le traitement
Dossier MDPH :
- Je remplis le formulaire Cerfa de 27 pages (oui, 27 pages)
- Je rédige le « projet de vie » (partie narrative où je raconte l’histoire de Paul et Martine, leurs difficultés, leurs besoins)
- Je demande : PCH aide humaine, PCH aménagement logement, carte mobilité inclusion stationnement
- Je joins tous les certificats médicaux (j’ai demandé au médecin traitant et au neurologue de les faire, en guidant sur ce qu’il fallait écrire)
- J’envoie le dossier complet
Temps passé : 8 heures. Temps gagné pour Martine : 8 heures (qu’elle n’avait de toute façon pas).
SEMAINE 3-4 : JE RECRUTE L’AUXILIAIRE DE VIE (casquette coordinateur)
En parallèle, je m’occupe du recrutement de l’auxiliaire de vie.
Étape 1 : Rédiger l’annonce Je rédige une annonce claire et précise :
- Profil de Paul (AVC, hémiplégie, troubles cognitifs légers)
- Horaires recherchés (2h chaque matin + 1 après-midi par semaine)
- Tâches attendues (aide à la toilette, habillage, repas, stimulation)
- Profil souhaité (expérience AVC, patience, douceur)
- Localisation et rémunération (15€/h net)
Je diffuse sur LeBonCoin, Indeed, et mon réseau de coordinateurs.
Étape 2 : Sélectionner les candidatures Je reçois 12 candidatures en 1 semaine. J’élimine 7 profils inadaptés (pas d’expérience, trop loin, disponibilités incompatibles). Je garde 5 candidates.
Étape 3 : Entretiens préalables Je fais passer des entretiens téléphoniques aux 5 candidates. J’évalue :
- Leur expérience réelle (pas juste sur le CV)
- Leur compréhension des besoins spécifiques d’une personne post-AVC
- Leur motivation (pourquoi elles veulent travailler en gré à gré)
- Leur feeling (est-ce que je les sentirais bien avec Paul et Martine ?)
Je retiens 2 candidates.
Étape 4 : Entretiens avec Martine Je présente les 2 candidates à Martine. Elles viennent à domicile, rencontrent Paul, discutent avec Martine.
Martine choisit Nadia, 45 ans, auxiliaire de vie depuis 15 ans, expérience en neurologie, douce et professionnelle.
Étape 5 : Mise en place
- Je rédige le contrat de travail CDI (convention collective de la branche SAP)
- J’ouvre le compte CESU de Martine
- Je fais les déclarations préalables à l’embauche
- Je suis présent lors de la première intervention de Nadia pour observer, ajuster, rassurer
Temps passé : 12 heures. Temps gagné pour Martine : 12 heures + le stress du recrutement.
MOIS 2 : L’ORGANISATION SE MET EN PLACE
Nadia intervient maintenant :
- Lundi, mercredi, vendredi : 7h-9h (lever, toilette, petit-déjeuner)
- Jeudi après-midi : 14h-18h (promenade, stimulation, goûter)
Résultat pour Martine :
- Elle peut rester au lit jusqu’à 9h les matins où Nadia est là (elle dort enfin)
- Elle peut aller à sa chorale le jeudi soir (elle a retrouvé une vie sociale)
- Elle a du temps pour elle (coiffeur, courses tranquilles, voir des amies)
Résultat pour Paul :
- Il a une nouvelle présence, stimulante et professionnelle
- Il progresse : il fait plus de choses seul (Nadia l’encourage à faire au lieu de faire à sa place)
- Il sort plus (Nadia l’emmène marcher, aller au parc)
Mon rôle de coordinateur :
- Je fais le point avec Nadia chaque semaine (comment ça se passe, ajustements nécessaires)
- Je fais le point avec Martine chaque semaine (comment elle va, si l’organisation lui convient)
- Je gère les petits couacs (Nadia malade 1 jour : je trouve un remplacement)
Mon rôle de SAP :
- Je déclare les heures de Nadia sur le CESU chaque mois
- Je calcule exact la paie (avec majorations dimanche si besoin)
- Martine n’a RIEN à faire
MOIS 3 : LES AIDES ARRIVENT
L’APA est accordée :
- GIR 3 (niveau de dépendance de Paul)
- Plan d’aide : 520€/mois pour financer l’aide à domicile
- Reste à charge pour Martine : 30€/mois (après calcul selon revenus)
La PCH est accordée (partiellement) :
- PCH aide humaine : refusée (car APA déjà accordée, pas de cumul possible)
- PCH aménagement logement : accordée pour 1 200€ (siège de douche, barres d’appui)
- Carte mobilité inclusion stationnement : accordée
Mon rôle de SAP :
- Je gère tous les remboursements APA avec le Conseil départemental
- Je monte le dossier PCH aménagement avec les devis des équipements
- Je fais installer les équipements par un ergothérapeute partenaire
Résultat financier pour Martine :
- Coût de Nadia : 12h/semaine x 15€/h = 180€/semaine = 720€/mois
- Crédit d’impôt 50% : 360€/mois récupérés l’année suivante
- APA : 520€/mois remboursés directement
- Reste à charge réel : 200€/mois (soit 100€ après crédit d’impôt)
Pour 12h d’aide par semaine, c’est plus qu’abordable.
Si Martine était passée par une agence :
- Coût : 12h x 25€ = 300€/semaine = 1 200€/mois
- APA : 520€ remboursés
- Crédit d’impôt : 600€/mois récupérés
- Reste à charge : 680€/mois (soit 80€ de plus après crédit d’impôt)
Le gré à gré lui fait économiser 80€/mois, soit presque 1 000€/an. Et elle a une auxiliaire stable et de confiance.
MOIS 4-6 : SUIVI ET AJUSTEMENTS (casquette coach)
Je continue à voir Martine 1 fois par mois pour des séances de coaching.
Thèmes abordés :
- Comment poser des limites (elle a tendance à reprendre le contrôle et à « vérifier » derrière Nadia)
- Comment accepter que Paul ne redeviendra jamais « comme avant »
- Comment se projeter (anticiper l’évolution, préparer éventuellement un accueil de jour)
- Comment prendre soin d’elle (elle a repris le sport, elle voit un psy 1 fois par mois)
Petits problèmes gérés :
- Nadia veut poser 2 semaines de congés en août : j’organise un remplacement avec une autre auxiliaire de mon réseau
- Paul a fait une chute : je conseille Martine sur les démarches (déclaration, évaluation kiné, adaptation)
- Martine culpabilise encore de « laisser » Paul : on travaille dessus en coaching
BILAN APRÈS 6 MOIS
Pour Martine :
✅ Elle dort à nouveau (6-7h par nuit)
✅ Elle a repris ses activités (chorale, amies, sport)
✅ Elle est moins irritable, moins triste
✅ Elle a repris goût à la vie
✅ Sa relation avec Paul s’est améliorée (elle est moins dans le rôle d’infirmière, plus dans le rôle d’épouse)
Pour Paul :
✅ Il a progressé en autonomie (il fait plus de choses seul)
✅ Il sort plus (promenades avec Nadia, accueil de jour 1 fois/semaine depuis le mois 5) ✅ Il est moins déprimé (stimulation sociale)
Pour leur couple :
✅ Ils ont retrouvé des moments de qualité ensemble (sans que Martine soit épuisée)
✅ Ils peuvent à nouveau se parler sans tension
✅ Martine a arrêté de dire « j’aurais préféré qu’il ne rentre pas »
CE QUE J’AI APPORTÉ CONCRÈTEMENT
1. Écoute et soutien émotionnel (coach)
- 10 heures d’entretiens sur 6 mois
- Travail sur la culpabilité, l’acceptation, les limites
2. Évaluation et organisation (coordinateur + MPR)
- Diagnostic de la situation
- Plan d’action personnalisé
- Coordination de tous les intervenants
3. Gestion administrative (SAP)
- Dossiers APA et MDPH remplis et envoyés : 8h de travail
- Gestion mensuelle du CESU : 30 min/mois
- Interface avec les administrations : 3h de relances et suivi
4. Recrutement et gestion RH (coordinateur)
- Recrutement de Nadia : 12h
- Gestion des congés, remplacements : 2h
- Suivi de la relation Martine-Nadia : 2h
5. Optimisation financière (SAP + coordinateur)
- Martine paie 200€/mois au lieu de 680€ avec une agence
- Économie : 480€/mois, soit 5 760€/an
Total de mon temps investi : environ 40 heures sur 6 mois.
Mon tarif : 150€/h en moyenne (avec forfaits). Coût total pour Martine : 6 000€ sur 6 mois.
Économie générée : 5 760€/an + toutes les heures qu’elle aurait perdues à gérer seule.
Résultat : l’investissement est rentabilisé dès la première année. Et surtout, Martine a retrouvé sa vie.
POURQUOI CE CAS ILLUSTRE PARFAITEMENT MON APPROCHE
Martine avait besoin :
🔹 D’être ÉCOUTÉE (coach)
🔹 D’une ORGANISATION concrète (coordinateur)
🔹 Que quelqu’un GÈRE l’administratif (SAP)
🔹 D’un ACCOMPAGNEMENT dans la durée (les 3)
Si elle avait fait appel à 3 professionnels différents :
- Un psychologue pour l’écoute
- Un service d’aide à domicile (agence) pour l’auxiliaire
- Un travailleur social pour les dossiers
Elle aurait payé plus cher, avec moins de coordination, moins de cohérence.
Si elle s’était adressée au CLIC ou au CCAS :
- On lui aurait donné les formulaires MDPH et APA (à elle de les remplir)
- On lui aurait donné une liste d’agences de services à domicile (coût 2 fois plus élevé)
- On lui aurait proposé un rendez-vous avec un psychologue (encore un interlocuteur supplémentaire, encore un créneau à trouver)
- On lui aurait souhaité bon courage
Résultat : elle serait restée seule face à la charge.
Avec moi, elle a eu UN seul interlocuteur qui a tout pris en charge.
C’est ça, ma valeur ajoutée.
C’est ça qui justifie mon tarif.
ET VOUS ?
Aidants : vous reconnaissez-vous dans l’histoire de Martine ?
Professionnels : pensez-vous qu’un accompagnement global et personnalisé est l’avenir de l’aide aux aidants ?
